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Le plan Marois pour un Québec souverain - Ou la souveraineté par la gouvernance provincialiste

mardi 18 août 2009, par Bernard Rioux


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Tiré du site PTAG lundi 13 juillet 2009, par Bernard Rioux


Le plan Marois ne cherche nullement à construire la mobilisation du peuple québécois pour la souveraineté. La tenue d’un référendum sur la souveraineté est dans son plan remise aux calendes grecques.

Un référendum sur la souveraineté devra être gagnant… Mais quand peut-on être vraiment certain d’une victoire en politique ? Non seulement la tenue d’un référendum est écarté pour un temps indéfini, mais l’élection d’une assemblée constituante est également passée sous silence. Même un exercice de démocratie participative sur la Québec que nous voulons construire n’est pas envisagé. Le plan Marois confie la réalisation de son plan au seul gouvernement du Parti québécois. Les différentes composantes de la société civile – partis politiques d’opposition, organisations sociales – ne sont pas conviées à rejoindre cette démarche. C’est une démarche réservée à l’élite gouvernementale.

Contrairement à Pierre-Marc Johnson, le plan Marois ne répète pas l’affirmationnisme dans toutes ses dimensions. Bien que ce soit bel et bien une telle orientation qui est proposée, le plan ne pas sauter la souveraineté comme objectif ultime. Il ne faut tout de même pas chasser les indépendantistes du Parti. En entendant, le plan propose de se comporter en gouvernement souverainiste, mais tout en demeurant un gouvernement provincial, aussi longtemps qu’il le faudra…

Des actions proposées définies en dehors de tout rapport de force

Freiner, combattre, faire cesser les ingérences du gouvernement fédéral dans les champs de compétence exclusive du Québec, voilà le premier axe des actions proposées. Oui, mais comment ? Comment contraindre le fédéral de ne pas le faire ? Comment construire le rapport de force qui permettrait qu’une telle volonté s’impose contre celle du gouvernement fédéral ? Aucune réponse n’est donnée à ces questions essentielles. Nous en restons à des déclarations d’intention qui n’identifient en rien les voies de leur possible réalisation.

Pour ce qui est d’assurer la primauté de la langue française, on évite de poser ouvertement le problème des interventions de la Cour suprême sur cette question. Pourtant, c’est là un blocage essentiel.

Le plan parle de garantir l’égalité des hommes et des femmes, comme si c’était déjà le cas. Comme si le patriarcat n’était pas une réalité essentielle de la société québécoise. Comme si le sexisme ordinaire n’était pas le lot vécu par une majorité de femmes dans notre société. On veut garantir quoi au juste ? La consolidation des préjugés contre les patriarcats minoritaires. C’est bien de cela que le PQ est prêt à faire son pain quotidien au nom de la défense de la supposée identité québécoise. C’est avec la même logique, que le PQ prétend préserver la laïcité des institutions québécoises, alors qu’il a voté pour la présence du crucifix au parlement, faisant tomber l’ensemble des symboles chrétiens dans la sphère de la « laïcité patrimoniale ». Mais plus important encore, voilà un parti qui soutient le financement des écoles privées qui sont dans leur vaste majorité des écoles confessionnelles et qui affirme sans gêne qu’il agira pour préserver la laïcité des institutions publiques.

La volonté de protéger l’identité québécoise par une loi sur l’identité est un exercice assez troublant. L’identification à une nation et à son projet national est une question de conviction et de ralliement. L’idée de procéder par une loi sur l’identité n’est que la volonté de proclamer un type de religion civile (l’ensemble des valeurs de la personne québécoise authentique) qui deviendrait des valeurs auxquelles toute personne habitant le Québec devrait se rallier pour mériter le statut de Québécoise ou de Québécois. Cette approche juridique du ralliement national peut être porteuse de dangereux dérapages.

Le projet de constitution québécoise interne qui respecte le cadre constitution de 1982 n’est qu’une autre capitulation. Le projet de consitution de Daniel Turp défendu par le Parti québécois est extrêmement significatif à cet égard. Rien sur une véritable réforme des institutions politiques : rien sur la réforme du mode de scrutin, rien contre la concentration des pouvoirs dans les mains du premier ministre, rien sur l’élargissement de la démocratie citoyenne, rien pour dénoncer la négation de la souveraineté populaire par la monarchie constitutionnelle canadienne. La sujétion comme projet de souveraineté…

Le plan Marois dit vouloir assurer une intégration réussie des nouveaux immigrants… comme si cette intégration pourrait être le seul produit des actions d’en haut et non de la mobilisation populaire et des changements de mentalité qui pourraient être portés par ces luttes.

Pour ce qui est des gestes dits significatifs, ils sont significatifs d’une approche de sommet. La solution nous dit Pauline Marois viendra de l’action des élites politiques péquistes qui sauront convaincre le peuple qu’il faut continuer à tout leur laisser entre leurs mains car les changements viennent d’en haut. C’est ainsi que la souveraineté sera le nouveau nom de la politique provincialiste et du maintien des pouvoirs provinciaux d’hier.



Bernard Rioux
La Gauche
Militant actif durant plusieurs années dans le mouvement syndical enseignant, au niveau local, tant à la CSN qu’à la CEQ. Militant socialiste depuis le début des années 70, il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Membre de la commission politique de Québec solidaire et de la coordination de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de lagauche.com. Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.







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