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L’UNIVERSALITÉ CONTRE LES PAUVRES ?

lundi 7 juillet 2003, par Ginette Lewis


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Dernièrement Le Devoir publiait une opinion de quatre intellectuels québécois (Breton, Boucher, Marceau et Migué)se questionnant sur l’universalité des services. Ils font porter directement la question sur l’universalité en se demandant si l’universalité des services ne fait pas que favoriser les riches et les privilégiés.

A l’heure où les remises en cause de l’Etat pleuvent : à chaque semaine le nouveau gouvernement Charest annonce une coupure de programmes sociaux, la question devient très importante et dépendant de la réponse pourrait se situer dans tout le contexte des rationalisations néolibérales et pourraient les justifier.
En effet, pourquoi payer pour des services universels supposément pour lutter contre la pauvreté alors que dans les faits ceux qui en profitent sont privilégiés ?

La question ainsi posée va rejoindre une couche particulière de la société : les hommes blancs sans enfants ou leurs enfants adultes avec des salaires supérieurs ou syndiqués et dans des situations de pouvoir.

Les femmes profitent d’abord de l’universalité.

D’abord précisons. Quand on parle de lutte à la pauvreté, on parle d’améliorer d’abord la situation des femmes ; car ce sont elles qui, avec la mondialisation, ont vu leur pauvreté s’accroître ; ce sont elles qui vivent majoritairement la pauvreté. N’oublions pas que les femmes ne gagnent encore en 2003 que 70 % du salaire des hommes. C’est là le principe premier de la pauvreté des femmes. Alors remettre en question l’universalité des services en ne mentionnant pas que les premières touchées seront les femmes c’est fermer les yeux sur une grosse partie de la réalité. C’est penser en homme blanc car les femmes des minorités visibles, immigrantes vivent encore plus de discrimination et de pauvreté.

Mais lutter contre la pauvreté, même si c’est une préoccupation qui vise d’abord les femmes, c’est aussi lutter avec les hommes et les enfants qui eux aussi vivent la pauvreté. Et en ce sens les garderies à 5 $ posent une problématique, car même à 5 $ par jour, elles demeurent chères pour les personnes démunies. Une véritable lutte à la pauvreté ferait du réseau un réseau universel et gratuit connu et accessible partout même en région, là la pauvreté ne serait pas ghettoïser : tout le monde aurait accès gratuitement. De plus il faudrait harmoniser cette mesure avec une fiscalité juste qui tiennent compte des revenus des parents et qui permettraient de partager la richesse. Précisons cependant que faute de gratuité, les garderies à 5 $ ont quand même permis une accessibilité plus grande de ce service essentiel.

Donc pour que l’universalité des services soit efficace pour lutter contre la pauvreté, il faut que le réseau soit gratuit et accessible partout que ce soit en santé, en éducation ou en service de garde. Il faut aussi une politique fiscale adéquate pour partager la richesse.

Des réseaux essentiels à une société égalitaire

Mais en plus de lutter contre la pauvreté, l’instauration de l’universalité des services et sa gratuité permet de développer des valeurs sociales d’égalité et oui, comme le disent les auteurs de collectiviser la société. Ce sont aux rôles traditionnels des hommes et des femmes dans la société que vient suppléer les services publics. Ces services, au lieu de demeurer affaire privée à l’intérieur d’une famille, deviennent affaire public et sont assumés par la société pour le bien de la collectivité. Au lieu des valeurs de famille et de soumission, la société mise davantage sur l’autonomie des personnes, le respect des différences. La lutte à la pauvreté ne doit pas être prétexte à maintenir les femmes au foyer où à forcer un retour aux valeurs traditionnelles de soumission.

Et la place des syndicats

La remise en question de l’universalité des réseaux c’est aussi la remise en question des emplois syndiqués. Majoritairement les emplois dans les services sont des emplois occupés par les femmes et majoritairement des emplois syndiqués. Et c’est pour le mieux et ça participe de l’égalité dans la société. Oui les conventions sont nombreuses et les clauses lourdes mais les attaques patronales sont aussi continuelles, pernicieuses et importantes mais ça on préfère le taire, comme on tait la place des femmes.

On ne peut penser un réseau universel et gratuit qui lutte contre la pauvreté sans penser le rôle et la place des travailleuses et des travailleurs qui vont assumer ces services. Il faut des emplois de qualité à des salaires décents pour que le réseau soit un réseau capable d’offrir des services de qualité. Et le droit à la syndicalisation est le seul droit qui garantie la protection des acquis pour les travailleurs et travailleuses.

En conclusion

Pour lutter contre la pauvreté, il nous faut préserver et les emplois et les services gratuits, universels et accessibles partout. Il en va de l’égalité et des valeurs sociales de justice et de partage.

Ceux et celles qui ne veulent pas partager, qui vivent de leurs privilèges, qui veulent profiter vont remettre les services en question, vont remettre le droit à la syndicalisation et vont encenser le gouvernement Charest pour ses coupures et sa soumission aux politiques néolibérales du grand capital international.

Pour notre part nous préférons lutter pour la justice et l’égalité des hommes et des femmes.



Ginette Lewis







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